La Fosse Dionne

Publié le par Contes et Légendes

http://tech.sub.pagesperso-orange.fr/images/dionne/dionne2.jpgOr donc, il advint qu’en l’an de grâce 700, le treize juillet, Pierre, fils d’un viticulteur de Tonnerre se promenant dans la campagne, aperçut un cavalier noir au panache rouge sang contrastant avec la blancheur de sa monture aux yeux brillants comme du charbon incandescent. L’étrange chevalier lui quémanda la direction d’une source afin de désaltérer sa jument. Notre garçon lui indiqua celle de la Fosse Dionne …
Repartant précipitamment, notre mystérieux personnage laissa choire et s ‘épandre tel une rivière miraculeuse une bourse pleine de pièces d’argent immaculées. Quelle ne fut pas l’erreur de Pierre en se hâtant de récolter ce trésor tout en ayant soin de ne pas se faire voir !

Le lendemain, jour de fête en la cité de Tonnerre, de funestes présages se présentèrent à Pierre qui comme l’on peut le penser avait décidé d’utiliser son argent…
Sur son chemin, une nichée de jeunes fauvettes, dont il venait de faire l’acquisition et qui étaient à peine recouvertes de duvet, s’envola à l’appel de leur mère angoissée.
Les fleurs qu’il venait d’acquérir pour sa maman se fanèrent à ses pieds.
Et de plus, un aveugle refusa l’aumône dés qu’il entendit tinter la pièce offerte.
Repartant, notre garçon en perdu quelque unes sur la route, alors le non-voyant s’écria : « Enfant ! Tu perds tes sous ! »
Pierre les ramassa donc, perturbé par cet avertissement.
C’est alors, que son action de la veille lui revint en mémoire, les remords commencèrent à l’accabler…

Notre protagoniste, qui avait néanmoins bon cœur, tint à partager sa fortune avec ses camarades en leur offrant quantité de friandises et de gâteaux qu’ils avalèrent sans prendre conscience de leur provenance. Cependant, tous sauf Pierre, furent martyrisé par d'atroces coliques. Voulant pleurer du sort de ses compagnons, il fut la voix du diable par son rire démoniaque démesuré, ses yeux rouge sang ne pouvaient qu’accentuer cette comparaison avec le mal absolu.

Plus tard, libéré de ce masque du Malin, il joua à « croix ou pile », un jeu d’argent, le pire genre de jeux Le hasard lui souriait, jusqu'à ce que ses compagnons s’aperçurent de l’étrangeté des pièces : elles n’avaient que des cotés piles. Pierre ne s’en était pas rendu compte : son malheur s’aggravait. Il du fuir devant les coups de ses camarades en fureur.
S’étant éloigné, il se retrouva seul, à trembler de tous ses membres. Il chercha la cause de tous ses malheurs, s’interrogeant sur ces drôles d’événements lorsqu’une faim une soif et un sommeil atroce s’empara de son corps. Il pensait pouvoir soigner ses maux rapidement mais le pain acheté se transforma en plâtre et le lait se fit recracher de suite par son goût immonde, même la fatigue pourtant si accablante ne lui permettait pas de rejoindre le pays des songes.
A l’aurore, alors qui longeait les buissons, les fauvettes se mirent à crier : « Au voleur…fuyez vite…voilà le voleur qui revient…fuyez vite, fuyez vite ! » ; plus loin le chien de l’aveugle hurla interminablement gêné par la présence de Pierre.
Alors, il saisit combien son action avait été mauvaise, il voulait se repentir, mais tant le remord était immense il décida de se suicider en se noyant dans la fosse Dionne.
A quelques encablures de là, le cavalier noir tel le prédateur, attendait, caché sa victime. Mais il n’était pas seul, le saint évêque Pallade était occupé à laver ses pieds salis par la poussière des chemins, son bâton d’Apôtre couché près de lui sur son manteau bleu .
Pierre commença par jeter sa bourse maléfique dans la source, puis s’apprêta à s’y engloutir… Mais la voix de l’évêque retentit et rattrapa notre accablé qui alla se jeter à ses pieds pour avouer son terrible méfait. Le saint homme, avec toute sa foi, lui accorda sa miséricorde, Pierre était réconforté mais au fond de la source l’argent l’accusait toujours, leurs portraits maléfiques étaient en démence : ils l’attiraient, le captivaient, l’ensorcelaient…
C’est alors que l’évêque vint à son secours , il projeta son manteau sur les sous et lorsque l’angélus sonna, il fit un signe de croix et le cavalier noir, s’avouant vaincu partit en proférant maints blasphèmes dans la source qui bouillonnât longtemps après mais qui une fois apaisée ne garda plus trace ni de la bourse ni de ce mystérieux cavalier : homme du diable ou diable lui-même.
Et c’est depuis ce temps que la source reconnaissante prit la couleur bleu sombre de l’évêque.

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