Le Cheval Gauvin
Le cheval Gauvin, cheval Gauvain, chevau Gauvin en patois jurassien ou tchevâ Gâvïn en franc-comtois est un cheval légendaire et maléfique propre à la région française de Franche-Comté et à la Suisse. Il est réputé se promener le long de cours d'eau, dans les forêts ou dans les cimetières, et tenter de tuer les personnes qui l'enfourchent en les noyant ou en les précipitant dans un gouffre. On trouve mention de ce cheval par Désiré Monnier dès 1854, où il aurait été vu près de Chamblay. Il raconte qu'une femme de Chamblay passa un jour près du cimetière du village pendant la nuit, là où apparaissait le cheval Gauvin :
« Cette femme, bien connue par son caractère aventureux et résolu, ayant vu paître cette belle bête qui ne lui paraissait appartenir à personne de sa connaissance, s'approcha d'elle, la flatta de la main, la trouva docile et gentille : elle pensa donc pouvoir l'enjamber pour l'amener à son écurie. Quand le cheval-fée la sentit sur son dos, il donna à sa cavalière une légère idée de son mérite, en faisant des évolutions sans nombre sur la plage voisine du port. Tout allait parfaitement; la chambléisienne était ravie de sa trouvaille; elle galopait sans secousse, elle volait comme avec des ailes, tant et si bien qu'elle s'oubliait dans ces délicieux exercices d'équitation. Jamais elle ne s'était vue si forte en ce genre. Tout à coup, par un brusque retour de fortune, son noble palefroi lui fit enfin comprendre qu'elle s'était mal à propos confiée à lui : le coursier s'élança dans la Loue, comme s'il voulait lui donner une dernière preuve de son talent; et, quand il fut arrivé au beau milieu de la rivière, il disparut sous elle et la laissa en conséquence tomber dans le courant le plus profond. Elle ne se sauva de cette noyade que d'une manière miraculeuse, qui n'a pas été racontée; mais on sait qu'elle mourut en 1836, et l'on est maintenant persuadé que c'est des suites de sa frayeur. »
Une autre légende, celle de Amaury III, Sire de Joux en parle :
Après de lointaines expéditions en Terre Sainte, il était revenu dans son château. C'était l'un des plus habiles cavaliers de son époque, à tel point qu'il avait réussi à dompter le cheval « Gauvain ». Il faisait souvent de longues promenades sur cette monture. Un jour, alors qu'il sortait du château, la herse coupa le corps de sa monture en deux en retombant. Amaury ne s'en aperçut pas et son coursier continua à galoper dans la campagne sur deux pieds. Arrivé à la gorge de la Combe, où jaillit une fontaine, l'animal très altéré s'arrêta pour boire. Au bout d'une demi-heure, Amaury, inquiet de voir que l'animal buvait toujours, sauta à terre. Tout à coup, il s'enfuit, effrayé en voyant que sa bête n'avait que deux pieds et que l'eau coulait par sa large blessure. Peu après, ses gens arrivèrent, mais ils ne trouvèrent plus le cheval ; une fée l'avait rendu invisible. Néanmoins, l'eau continue à couler de cette source : c'est aujourd'hui la Fontaine-Ronde, ou fontaine intermittente.